Dossiers de presse
L’avenir social et démographique
- Famille et tyrannie du travail
- Document daté de mars 2003
- L’urgence d’une politique de la population pour le Québec
- Document daté d’août 2002
- Les générations de la dette
- Document daté de juin 1995
Famille et tyrannie du travail
par Richard Bergeron — Mars 2003
(révisé par Dominique Leroux, novembre 2004)
Le gouvernement Landry vient tout juste de proposer un nouveau volet à sa politique familiale, la semaine de travail de quatre jours et l’allongement de 2 à 3 semaines de la période minimale de vacances annuelles. Cette mesure s’ajoute aux garderies à 5 $. Depuis mars 2002, le fédéral a pour sa part porté à 65 semaines la durée maximale du congé parental donnant droit à l’assurance emploi. Lorsque la semaine de quatre jours sera entrée en vigueur, l’ensemble de ces mesures représentera un investissement des gouvernements de 65 000 $ dans chaque nouvel enfant naissant aujourd’hui au Québec.
Que les gouvernements encouragent de plus en plus la famille est fort bien. Ils limitent toutefois leurs appuis aux parents qui travaillent, sans rien offrir aux familles dont l’un des conjoints compte se réaliser autrement, tel, pourquoi pas?, en consacrant l’essentiel de sa vie à ses enfants. Hors du travail, point de famille ! nous disent-ils. Ce qui pose trois problèmes :
Équité : il existe probablement encore quelques personnes dont la principale priorité de vie est d’avoir des enfants. Est-ce là une attitude honteuse? Le concept classique « parent au foyer » n’est-il plus qu’un artifice de marketing servant à vendre des sachets de soupe ou des préparations à gâteaux ? Sinon, l’égalité de traitement entre ces parents et ceux qui jumellent famille et travail supposerait que les gouvernements leur remettent 65 000 $ par enfant. Pour 5 enfants, ce serait donc 325 000 $, pouvant par exemple être répartis en 13 versements annuels de 25 000 $;
Efficacité : malgré toutes les bonifications financières apportées au cours des dernières années, l’indice synthétique de fécondité demeure stable, à 1,4 enfants par femme. On ne sait pas encore quels effets auront les dernières mesures annoncées, mais convenons qu’il y a lieu d’avoir de sérieux doutes. Or, les bébés-bonis de la période 1987-1996 s’étaient traduits par 126 608 naissances supplémentaires au Québec, pour un investissement gouvernemental de 9 906 $ par enfant (L’urgence d’une politique de la population pour le Québec, Le Devoir, 14 août 2002). Ainsi, un enfant sur sept que l’on rencontre aujourd’hui dans la tranche d’âge des 6 à 14 ans est imputable aux bébés-bonis. Cette extraordinaire efficacité a tenu en partie au fait que les bébés-bonis ne discriminaient pas entre les parents au travail et ceux à la maison;
Dissuasion des familles nombreuses : pour qu’une société se maintienne en taille, il faut que l’indice synthétique de fécondité y atteigne 2,1 enfants par femme. Pour chaque groupe de 10 femmes, il faut donc qu’une d’entre elles ait 3 enfants. Si un nombre le moindrement élevé de femmes ont moins de 2 enfants chacune, il faudra qu’une proportion significativement plus élevée des autres femmes en aient 3, 4 ou même 5. Une famille de cette taille n’est pas forcément incompatible avec le travail des deux parents. Il reste que pour la grande majorité des parents, il y a de sérieuses limites à ce qui peut être assumé à titre de charge familiale, tout en se pliant aux exigences du monde du travail. A contrario, les bébés-bonis de la période 1987-1996, qui ne discriminaient pas entre les parents suivant qu’ils travaillaient ou pas, a permis d’augmenter de 48 % le nombre des troisièmes naissances ou plus, qui sont passées de 12 200 en 1987, à 18 000 en 1992.
Il y a trente ans, on nous promettait la société des loisirs pour le tournant du XXe siècle. Il n’en fut rien. Au contraire, nous nous retrouvons aujourd’hui plus que jamais soumis à la tyrannie du travail. Mais au moins, l’aimons-nous, notre travail ? Si chacun regarde autour de soi, il ne constatera le plus souvent que frustration, stress, épuisement, amertume, soumission forcée au pouvoir hiérarchique, et j’en passe. Qu’on se rappelle le succès inattendu du plan Bouchard de mise à la retraite anticipée du personnel de la santé, en 1996 : de toute évidence, une fraction significative des personnels hospitaliers du milieu des années 1990 avait quelques réserves à l’endroit de son travail. La leçon a porté fruit : pour ne pas risquer de se retrouver avec des manques d’effectifs, il fallait tendre à tout rendre conditionnel au travail. Ce qui a conduit au renforcement de la tyrannie du travail à l’endroit de la maternité.
Il y a maintenant 8 ans, j’ai publié une série d’articles montrant combien les baby-boomers, profitant de la force du nombre et du fait d’avoir été la première génération hautement scolarisée, ce qui lui donnerait pour quarante ans un monopole de fait sur la production du discours social, ont tout au long de leur vie manipulé le reste de la société dans le but de lui imposer leurs attentes et volontés (Les générations de la dette, Le Devoir, 31 juillet et 1e août 1995). En d’autres mots, ils ont continuellement opéré des « détournements de démocratie » visant à s’assurer que ce qu’ils voulaient, eux, à chaque étape de leur cycle de vie, deviendrait « la » priorité sociétale de l’heure.
La prochaine étape du cycle de vie des baby-boomers sera leur entrée massive à la retraite. Cette retraite, ils la veulent longue et confortable. Mais pour que ce soit le cas, il faut que la machine à délivrer des biens et services, et tout particulièrement à « leur » délivrer des biens et services, à eux les baby-boomers, continue de tourner. Puisque les groupes d’âge qui prendront la relève sur le marché de l’emploi comptent des effectifs en baisse, il est de la toute première importance que quiconque est capable de travailler le fasse. Bref, les baby-boomers imposent aujourd’hui la tyrannie du travail parce qu’ils veulent ne manquer de rien durant leur longue et heureuse retraite. Le pire, pour eux, serait de se heurter à la porte close d’un restaurant, et autres conforts qu’ils comptent s’offrir à l’envie, pour cause de manque d’effectifs. Voilà pourquoi il est aujourd’hui devenu si important que touts les adultes de 17 à 47 ans soient actifs sur le marché du travail.
En passant, l’actuelle hystérie collective autour de la santé est le fruit d’un autre de ces détournements de démocratie. Car qui, sinon les baby-boomers, consommera massivement des soins de santé au cours des 20 prochaines années ? Usant une fois de plus de leur monopole sur la production du discours social, ils engagent l’ensemble de la société à canaliser toute sa capacité d’intervention dans la santé. D’ici dix ou quinze ans, ils nous feront le coup de la nécessité d’hyper valoriser la mort et les pompes funèbres. Mais qu’on se console : ce sera bien le dernier détournement de démocratie qu’ils seront en mesure de nous imposer.
Avoir une famille nombreuse, et tenir à élever soi-même ses enfants, ce pourrait encore aujourd’hui être un idéal de vie. Cet idéal n’est pas moins noble que celui d’avoir les 1,4 enfants des statistiques et de « se réaliser », pour ne pas dire » performer », sur le marché du travail. Convenons simplement que ces deux idéaux de vie pourraient être valorisés à égalité. Valorisé sous l’angle des valeurs sociales communément partagées, c’est-à-dire de la culture, sous l’angle de l’organisation de la société, comme bien sûr sous l’angle financier.
Les francophones sont aujourd’hui 6,3 millions au Québec. Si l’indice synthétique de fécondité demeure à 1,4 enfants par femme jusqu’en 2050, le Québec ne comptera plus, à cette date, que 3,7 millions de francophones. C’est sans tenir compte des apports de l’immigration. Mais est-il sage de nous en remettre à elle pour assurer la survivance du fait français en Amérique ? La Ville de Montréal ne demande-t-elle pas déjà à Québec d’avoir le statut de ville bilingue et multiculturelle, l’UQÀM d’être autorisée à dispenser des cours dans d’autres langues que le français ? Une société tournée vers l’avenir et confiante en son avenir prend ses responsabilités à bras le corps et investit dans ses enfants.
Vous qui souhaitez avoir des enfants, exigez d’être libérés de la tyrannie du travail.
L’urgence d’une politique de la population pour le Québec
Un débat entre experts a cours pour savoir si oui ou non les bébé-bonis ont eu un impact sur la natalité — Août 2002
De 1988 à 1997, le Gouvernement du Québec, voulant relancer une natalité jugée défaillante, a versé des primes à la naissance, communément appelées « bébé-boni ». Durant les trois premières années, la prime était fixée à 500 $ pour le premier et le second enfant d’une famille, à 3 000 $ pour tout enfant additionnel. En 1992, celle du second enfant fut haussée à 1 000 $, contre 8 000 $ pour le troisième enfant et les suivants.
En 1997, les experts ont unanimement formulé l’opinion que les bébé-boni étaient devenus une mesure inefficace pour inciter à la natalité. Cherchant d’autres moyens d’atteindre cet objectif, les responsables politiques ont mis fin à ce programme et canalisé l’argent de la politique familiale vers les garderies à 5 $.
Depuis lors, un débat entre experts a cours pour savoir si oui ou non les bébé-boni eurent un impact sur la natalité. En janvier dernier, Kevin Milligan, de l’Université de Colombie-Britannique, publiait une étude démontrant qu’ils s’étaient traduits par un impact net de 93 000 naissances. Daniel Parent, de l’Université McGill, s’est empressé de rétorquer que « l’effet de la politique gouvernementale sur la taille de la famille semble s’être avéré à peu près nul » (La Presse du 27 mars).
Une politique de la population, incluant ou non une politique familiale, incluant elle-même, ou non, une politique de la natalité, c’est dans la vie de toute société quelque chose de très important. Surtout quand le bruit se répand qu’une société est menacée dans sa survie par ce qui semble être un essoufflement de son élan vital. Avec une fécondité de 1,4 enfants par femme, quand le maintien de la taille d’une population exige 2,1, il semble, effectivement, que les jours des Québécois soient aujourd’hui comptés.
Puisque ce sujet est très important, il faut chercher à en savoir plus. Le débat entre experts n’étant pas concluant, la seule option qui reste est de mettre la main à la pâte, ce qui signifie, dans ce cas, se procurer les données de base sur le site internet de l’Institut de la statistique du Québec, puis passer quelques heures à triturer le logiciel Excel. La figure ci-dessous présente les résultats de ce travail.
Efficacité des Bébé-Boni de la période 1988 — 1997
À cette figure : La courbe noire présente le total des naissances au Québec, entre les années 1980 et 2000. Son échelle est celle de gauche, graduée de 55 000 à 105 000; La courbe grisée correspond aux troisièmes naissances ou plus au sein des familles québécoises, toujours entre les années 1980 et 2000. Son échelle est celle de droite, graduée de 10 000 à 19 000; La courbe pointillée présente la situation de référence, c’est-à-dire l’hypothèse quant à ce qui se serait le plus vraisemblablement produit au Québec, en matière de naissances, en l’absence des bébé-boni. Comme pour la courbe noire, l’échelle est celle de gauche. Dans les premières années, les bébé-boni ont littéralement propulsé les naissances. En effet, la hausse fut de 15,9 % si l’on considère l’ensemble des naissances, de 47,8 % chez les troisième naissances ou plus. Mais à partir de 1991 dans le premier cas, de 1992 dans le second, les courbes sont reparties à la baisse. Ce que voyant, le Gouvernement du Québec a haussé les primes. Rien n’y fit : les courbes ne se sont pas redressées. Après plusieurs années de nouvelles chutes, tous ont fini par conclure que les bébé-boni n’étaient plus d’aucune utilité, ce qui a conduit à leur abandon. Voilà donc pour l’analyse superficielle qui fut faite des bébé-boni.
Tentons maintenant de nous montrer plus perspicaces. Les bébé-boni ont permis qu’il y ait eu plus de naissances en 1996 (85 130) qu’il n’y en avait eu en 1987 (83 600). Suivant l’estimation la plus prudente, ils auraient donc retardé de 10 années le déclin des naissances au Québec. Ce qui constitue déjà un résultat remarquable.
Faisons un pas de plus. Il ne faut pas faire l’erreur de ne comparer l’année 1996 qu’aux années antérieures, mais encore à ce que cette même année 1996 aurait été en l’absence des bébé-boni. On s’intéressera alors à l’écart entre la courbe noire et la courbe pointillée. En 1996, cet écart correspondait à 10 144 naissances. En 1991, au plus fort du succès du programme, il était de 17 240 naissances. C’est-à-dire qu’au moment où l’on s’apprêtait à l’abolir, le programme conservait encore 60 % de son efficacité maximale avérée. S’il fallait mettre fin à tous les programmes gouvernementaux ayant une efficacité voisine de 60 % de leur maximum historique, c’est le gouvernement qu’il faudrait fermer.
L’impact net des bébé-boni correspond à la surface comprise entre les courbes noire et pointillée. Cette surface totalise 126 608 naissances. Puisqu’il y en eut 1 129 591 au Québec, entre 1988 et 2000, on peut dire qu’un enfant sur neuf présentement rencontré au Québec, chez les 14 ans et moins, est le fruit des bébé-boni. Si on se limite à la période 1988-1996, durant laquelle le programme fut appliqué, période correspondant aux enfants aujourd’hui âgés de 6 à 14 ans, ce fut un sur sept. Pour se faire une idée de l’impact des bébé-boni, il suffit de répondre à cette question : peut-on imaginer ce que seraient aujourd’hui nos écoles primaires avec un enfant sur sept en moins ?
Mon évaluation de l’impact des bébé-boni est significativement plus élevée que celle de Kevin Milligan, à 126 608 naissances supplémentaires, plutôt que 93 000. La différence tient au modèle de référence retenu. J’ai fait l’hypothèse que sans bébé-boni, la natalité au Québec aurait simplement décru de manière régulière, entre 1987 et aujourd’hui. Milligan assume quant à lui qu’elle aurait épousé le profil canadien. Or, on a remarqué, dans le reste du Canada, où aucune politique pro-nataliste ne fut mise en oeuvre, que la natalité a malgré tout légèrement augmenté en première moitié des années 1990. Mais pourquoi donc le profil de natalité des Québécois aurait-il dû copier celui des Ontariens ou des Albertains ? En Europe, un territoire beaucoup plus petit que le Canada, les profils de natalité des Français n’ont rien à voir avec ceux des Italiens, qui ne sont eux-mêmes en rien liés à ceux des Allemands. C’est pourquoi je considère mon hypothèse plus acceptable. Par ailleurs, on remarquera, à la figure, qu’il subsiste un écart entre les courbes noire et pointillée pour les années ultérieures à 1996, malgré que les bébé-boni aient été abolis. Chacun sait qu’après son abandon, toute politique continue un certain temps de produire un effet. En l’occurrence, la revalorisation de la maternité, dans le sens culturel du terme, des valeurs sociales communément partagées si l’on préfère, apportée par les bébé-boni ne s’est pas volatilisée instantanément quand il fut mis fin à ce programme.
D’après mes calculs, les bébé-boni ont coûté 1 254 millions de dollars au Gouvernement du Québec. Si l’on divise ce chiffre par 126 608 naissances, on obtient un coût moyen de 9 906 $ par enfant.
Mais que s’est-il donc passé, au début des années 1990, pour que les bébé-boni perdent subitement de leur efficacité ? Selon toute probabilité, la réponse à cette question réside dans l’analyse des cycles économiques.
L’année 1991 fut marquée par le déclenchement de la dernière crise économique. Au plus creux de la vague, en 1995, le chômage s’élevait à 12,7 % au Québec. Au même moment, 11,5 % de la population y voyait sa survie dépendre des programmes de sécurité du revenu (bien-être social). Avec un quart de la population en voie de garage, les trois autres quarts ébranlés dans leur confiance en l’avenir, comment les bébé-boni eurent-ils pu conserver la même efficacité qu’au début ?
Considérons maintenant l’inverse, c’est-à-dire le lien entre natalité et prospérité économique. Il appert que les Québécois ne font pas forcément plus d’enfants parce que l’économie et l’emploi vont mieux. En effet, ni la reprise économique de la période 1984-1987, ni celle, plus récente, de la période 1996-2000, ne se sont traduites par un relèvement de la natalité. Quand l’économie et l’emploi vont mieux, les Québécois consomment simplement plus : on change d’automobile ou on s’en procure enfin une, on s’achète une maison plus cossue et de nouveaux meubles, on va plus souvent au restaurant ou au cinéma, on prend ses vacances à l’étranger plutôt qu’au Québec, et ainsi de suite. Si l’on souhaite que tout l’argent supplémentaire ne se perde pas en surconsommation, il faut diffuser un message différent dans la société. C’est précisément ce type de message que les bébé-boni ont diffusé dans la société québécoise, à partir de 1988. Le message n’était guère appuyé, sous l’angle financier, puisqu’on offrait à peine 500 $ pour les première et seconde naissances. Il n’empêche que les Québécois y furent extraordinairement sensibles. Ce qui permet de conclure que l’abandon du message véhiculé par les bébé-boni, au moment même où la reprise économique se confirmait enfin, en 1996, fut une erreur impardonnable. Car depuis cinq années fermes de prospérité retrouvée, le seul message qu’aient reçu les Québécois en provenance de leur gouvernement fut : consommez, en ne vous souciant réellement que de votre santé.
Quant à l’effort d’assainissement des finances publiques, c’est à partir de 1993 qu’il s’est fait sentir, au fédéral, ce qui, considéré de l’oeil de la population, a singulièrement aggravé les effets de la crise économique. Au provincial, le thème ne devint une priorité qu’en 1996, après le référendum. C’est à ce moment précis que l’on convint que les bébé-boni n’avaient plus de raison d’être. Simple hasard ?
Maintenant que la question des bébé-boni est élucidée, je me permettrai un commentaire à portée plus générale.
L’immigration, à hauteur de 37 000 personnes par année, comme nous l’avons fait en 2001, constitue une réponse adéquate à une trop faible natalité sous l’angle économique, mais pas sous celui du projet collectif d’une société se voulant « distincte ». Réglons d’abord la question économique. General Motors se fout complètement de savoir si celui qui lui achète une auto au Québec a la peau blanche, brune, jaune ou noire, s’il s’exprime en français, en anglais, en espagnol, ou dans toute autre langue. Tant qu’il y aura une population suffisante dans cette partie de l’Amérique pour assurer un marché stable à ses produits, General Motors sera satisfaite. Sous l’angle du projet de société, c’est une autre paire de manches. Car sur moyenne et longue période, l’immigration, plutôt que la natalité, conduit à un remplacement de population et, par le fait même, à un transfert des droits et privilèges attachés à la propriété du territoire. Les Québécois « de souche », ne souhaitant plus se reproduire, ont entrepris de céder leur territoire à qui veut bien le prendre. S’agissant d’un territoire extraordinaire, les repreneurs se bousculent aux portes.
Au plus tard en 2010, s’ils ne retrouvent pas d’urgence leur élan vital, les « de souche » seront devenus minoritaires sur l’île de Montréal. Entre 2025 et 2030, c’est dans la région de Montréal qu’ils seront minoritaires. Quelque part entre 2040 et 2050, enfin, ils deviendront minoritaires au Québec.
Qu’on ne se fasse surtout pas d’illusions. Les règles de la démocratie étant ce qu’elles sont, ce serait bel et bien la fin de cette expérience historique singulière que fut la construction d’une vision française de l’Amérique. Ce que n’ont pu atteindre ni la Conquête de 1759, ni l’Acte d’union de 1841, à savoir que nous nous effacions, en tant que peuple, nous sommes nous-mêmes en bonne voie de le réaliser, tout simplement par essoufflement de l’extraordinaire élan vital qui nous avait pourtant animé depuis maintenant plus de 20 générations.
Les générations de la dette
par Richard Bergeron — Juin 1995
1. Faire payer ceux qui l’ont contractée et en ont profité
La dette publique du Canada, fédédal et provinces réunis, atteint 800 milliards de dollars, ou 29 000 $ par habitant. Cette année, entre 60 et 70 milliards seront consacrés au service de la dette. Mais le hic!, c’est qu’on n’a pas cet argent: il faudra l’emprunter. À ce rythme, c’est une affaire de trois années à peine pour que la dette franchisse le cap des 1 000 milliards. L’endettement extérieur atteignant déjà 350 milliards de dollars, 32 milliards ont été versés à nos créanciers étrangers en 1993, 35 en 1994, probablement 40 cette année...
Il y a 18 mois à peine, nous avons refusé d’élire la candidate qui en toute logique n’avait à offrir que « des larmes, de la sueur et du sang », à savoir faire ce qu’il faut pour rembourser la dette. Nous y voici néanmoins, comme en témoignent les coupures en cours. Pourtant, je n’ai pas souvenir que l’on ait posé cette question: qui doit payer la dette?
Définissons trois générations constituées des 60 à 80 ans, 40 à 60 ans et 20 à 40 ans. Je soutiendrai que la seconde génération, les 40-60, s’est emparée du fruit du labeur des deux autres, lesquelles, incidemment, sont constituées de leurs propres parents et enfants.
Les conséquences en sont que l’actuelle génération de personnes âgées, née pauvre, meurt pauvre, que l’actuelle génération des 40-60, subitement devenue riche dès l’entrée dans l’âge adulte, le demeurera pour toujours, jusqu’à mourir riche, que l’actuelle génération des 20-40, aux prises avec les nouvelles formes de la pauvreté, devra selon toute vraissemblance les subir toute sa vie.
Au moment où une société abandonne sa forme traditionnelle pour intégrer le marché mondial, elle enregistre souvent une croissance économique tout à fait extraordinaire, de l’ordre des 8 à 12% par année. Après une dizaine d’années à ce rythme, la croissance semble s’essouffler puisqu’on arrive difficilement à la maintenir entre 3 et 6%. À partir de la vingtième année, les sociétés les plus dynamiques conservent un taux de croissance de 1 à 3% par an, les sociétés amorphes une succession de hauts et de bas leur permettant tout juste de maintenir la taille de leur économie. La question que l’on se pose quand vient la troisième étape où tout paraît si difficile, c’est comment diable tout a-t-il pu être si facile au début?
En société traditionnelle, la population auto-produit la plupart des biens et services consommés ou se les échange dans les filières familiales. Dans les sociétés avancées, ces prestations individualisées et diffuses ont été transformées en activités économiques intégrées au marché. Par exemple, la prise en charge des personnes âgées est confiée aux centres d’accueil opérés par la nuée que l’on sait de professionnels salariés. Ce qu’on appelle « développement » en économie de marché signifie pour beaucoup de tout transformer de la sorte: la vieillesse, la petite enfance, la santé, l’habitat, l’éducation, etc. Cela déclenche de formidables opportunités de création d’emplois et de croissance économique.
Ceci dit, il ne suffit pas d’imprimer des billets de banque et de s’en servir pour se doter d’écoles, hôpitaux et autres attributs du développement. À ce chapitre, c’est la capacité à pénétrer le marché des économies avancées, principalement au niveau des biens manufacturés, qui donnera la mesure de ce qui sera possible. En effet, les prix pratiqués dans l’économie plus avancée incorporant les charges de toutes les transformations y ayant déjà été effectuées, il suit que le candidat au développement pourra engager des transformations de semblable nature en proportion de son taux de pénétration de ce marché, or donc, en dernière analyse, de l’état comparatif du capital global de savoir et savoir-faire dont il dispose.
Le Québec est depuis la révolution industrielle intégré à l’économie nord-américaine. Mieux, il a longtemps été le pôle de production le plus important du Canada, comme il en fut longtemps la première place financière. Mais alors, d’où vient l’écart patent qui a si longtemps perduré entre le Québec et le reste de l’Amérique? Des formes sociales et culturelles « distinctes » qui nous ont caractérisé jusqu’au tournant des années 60. En quelque sorte, nous pesions en même temps sur l’accélérateur — le capital de savoir et savoir-faire que nous n’avions eu de cesse de faire croître — et les freins — les caractéristiques sociales et culturelles dont nous n’envisagions qu’à regret de nous départir —. Dès que nous le voudrions, nous pouvions lâcher les freins pour nous aligner sur les normes nord-américaines de l’heure, ce qui signifiait doubler ou tripler les rémunérations, verser dans l’économie moderne tout ce qui l’avait à ce moment été ailleurs en Amérique de même que réévaluer à la hausse toutes les formes du capital foncier, immobilier, industriel ou autre accumulé.
Voilà ce qui permit la fulgurante croissance économique des années 60, qui pour beaucoup ne fit qu’exploiter la réserve de valeur amassée durant les décennies précédentes. Voilà pourquoi quiconque eut la chance d’avoir vingt ans durant cette décennie et la suivante put être convié à un véritable festin. Aux frais de ses ainés, faut-il le préciser, puisque celui qui à l’époque avait 40 ans ou plus fut regardé de haut et dut passer son tour.
Les 40-60 rétorqueront avoir socialisé la vieillesse, donnant aux 60-80 l’assurance de toucher un revenu jusqu’à leur mort, en plus d’être accueillis en centre d’accueil et de bénéficier de frais de santé gratuits. Remarquons que loger ses vieux en centre d’accueil procure cet avantage fabuleux de ne plus devoir habiter avec eux. Mais la principale critique à adresser à notre régime universel de socialisation de la vieillesse est ailleurs: même à ses plus beaux jours, il ne laissait aux personnes âgées, une fois soustraits leurs frais de logement et d’alimentation, que des montants de l’ordre de 100 $ à 200 $ par mois. En clair, les 60-80 demeuraient pauvres, quand les 40-60 avaient tous les attributs de la richesse.
On est bien loin ici de la thèse officielle de notre Grande Noirceur, qui aurait été suivie de l’éclosion d’une génération d’hommes et de femmes extraordinairement brillants, les actuels 40-60, héros de cette épopée désormais érigée en mythe fondateur du Québec moderne, la Révolution... bien que tranquille.
Comme si d’avoir empoché en entier le produit de la transformation de la société n’était pas suffisant, les 40-60 s’attaquèrent par l’inflation à ce qui restait de pouvoir d’achat aux 60-80. Même à des niveaux modestes de 4 ou 5%, devenus la norme à partir de 1965, l’inflation est catastrophique pour qui dispose de revenus fixes, tels les rentiers. Or, les salariés de l’époque bénéficiaient quant à eux d’une indexation pour ainsi dire automatique de leurs rémunérations directes et indirectes à un taux supérieur de deux ou trois points à l’inflation. On se rappellera que les « luttes » de l’époque ne concernaient jamais le seul maintien des statuts mais leur amélioration, au besoin après force débrayages et manifestations de rue, quand ce n’était pas la casse, ce dont la sauvagerie des grèves des pompiers et des policiers a constitué l’illustration limite. Le jeu combiné de l’inflation pour tous et de l’indexation pour certains a retiré des sommes appréciables de la poche des 60-80 pour les mettre dans celle des 40-60. Remarquons que l’État aura lui aussi pu mettre la main sur cet argent pour alimenter sa propre croissance tout en se montrant à la hauteur du caractère « providentiel » qu’on lui prête. Imaginons qu’il ait choisi d’ériger un centre d’accueil pour personnes âgées. Dans ce cas, ce serait le rentier lui-même qui, par une ponction forcée, financerait d’avance sa place dans ce type d’établissement.
Les pauvres vieux, à l’époque minoritaires et ne s’étant pas encore constitués en puissants lobbies capables, à leur tour, de faire chanter l’État, se sont fait manger tout rond.
2. Qui travaillera durant les 20 prochaines années ?
À partir de 1973, nous sommes entrés dans l’ère de l’inflation structurelle, maintenue à une moyenne de 10% jusqu’à 1983. Pour les 40-60 qui plus que jamais étaient au pouvoir et fixaient les règles à leur convenance, il s’agissait désormais d’utiliser l’inflation comme moyen de ne pas payer ses dettes et comme cataplasme procurant l’illusion d’échapper aux aléas de la nouvelle économie mondiale en émergence. Qui contractait une hypothèque fixe d’un montant de 300 dollars par mois en 1973 avait en 1983 un montant réel à payer de l’ordre de 100 à 120 dollars. CQFD.
Le choc pétrolier de 1973 amorçait la mondialisation. C’en serait fini, pour les pays riches, de déterminer la valeur d’un bien ou service en ne procédant qu’à des comparaisons entre eux, comme si le reste du monde n’existait pas. Aveuglés par notre complexe de supériorité, nous imaginions que les prix devaient incorporer des rémunérations de base à hauteur de 50 000 $ pour 1 500 petites heures de travail par année, 4 à 6 semaines de vacances, des congés payés de plusieurs mois sitôt que notre petite douleur au dos se fait un peu trop persistante, avec retour au travail sous condition expresse que l’on nous ait fourni un siège orthopédique à 1 200 $ ou un appui-tête à 200 $, et ainsi de suite pour l’interminable liste de ces petites douceurs attestant que la masse des 75 kilos de matière qui nous composent atteignait un niveau de qualité inégalé dans l’histoire de l’humanité. Les petits Louis XIV délicats et maniérés que nous étions devenus allaient se faire brasser.
Les Asiatiques se sont fait un plaisir de nous montrer qu’on pouvait travailler aussi bien que nous, souvent mieux, à hauteur de 3 000 heures par année pour quelques milliers de dollars seulement, sans filet de sécurité. Ils se sont acharnés au travail, quand nous avions entrepris de mépriser ce mot. Ce fut l’hécatombe, nos industries tombant l’une après l’autre: construction navale, automobile, textile, biens de consommation courante, petit électro-ménager, photographie, électronique grand public, etc. À chaque fois, c’était une grosse convention collective et son attirail de droits acquis qui sombrait, un pan supplémentaire de notre édifice social aux pieds d’argile qui s’écroulait.
Les 40-60 ont refusé d’accepter cette évidence que nous étions, jaugé à l’aune des nouvelles normes mondiales de compétitivité, loin d’être aussi riches que nous l’avions cru, qu’on nous contestait avec une cruelle efficacité notre supposé droit à consommer à sasiété et faire la belle vie en travaillant si peu. N’en étant plus à une hérésie à prétention rationaliste près, ils ont concocté et propagé cette théorie selon laquelle, étant entrée dans l’ère des services, une société avancée n’avait plus à prendre appui sur des secteurs industriel et manufacturier dynamiques. Quant aux dizaines de milliers de travailleurs d’usine qui à l’époque perdaient leurs emplois, ils constituaient la frange périphérique du brillant aéropage des 40-60, une frange bien attachante parce que si typiquement « prolo » mais, convenons-en, susceptible pour cette raison même d’être larguée sans risque aucun.
Se posait néanmoins le problème de l’insuffisance des ressources financières nécessaires au maintien du niveau de vie de l’essentiel des 40-60. L’inflation dépassant déjà le seuil à la fois du ridicule et du dysfonctionnement économique, qu’allait-on trouver d’autre? Ingénieux quand il s’agit de réécrire les manuels d’économie à leur convenance, les 40-60 ont sorti un nouveau chat du sac: la croissance par endettement. Ils on d’abord prétendu, durant la période 1974-81, que l’endettement était un facteur d’accélération de la croissance, puis, quand tout a tourné à l’horreur, à partir de 1982, qu’elle était un instrument essentiel au maintien d’un minimum d’activité économique en période de crise. Voici comment année après année le Canada s’est retrouvé à emprunter 20, 30, 40, 50 milliards $, jusqu’à atteindre 800 milliards $.
Prenons soin de l’affirmer clairement: ces 800 milliards, bientôt 1 000, ont pour l’essentiel servi à soutenir le niveau de vie des 40-60 depuis 1975.
Aujourd’hui, notre économie apparaît sinistrée. En effet, où trouve-on les beaux emplois à 50-100 000 $ avec protection mur à mur qui restent? Essentiellement à deux endroits. D’abord dans le secteur public et para-public, paliers fédéral, provincial et municipal confondus. Toutes catégories de salariés confondus, également, puisque le col-bleu ou chauffeur d’autobus touche autant qu’un professionnel, le policier plus. En second lieu dans toutes ces « niches » soit protégées par des artifices légaux ou réglementaires, soit ne vivant que des commandes publiques. En somme, la partie « gras-dur » de notre économie se réduit à ce qui n’est pas soumis à la concurrence.
Voici un contexte bien peu propice à une croissance économique forte et de longue durée, on en conviendra. Dès lors, la seule possibilité qui reste de rembourser la dette est d’obliger une partie ou l’ensemble de la population à comprimer sa consommation et abaisser son niveau de vie, et ce durant au moins une vingtaine d’années. Cela étant, il faudra malgré tout continuer à travailler, plus fort que jamais si l’on espère inverser la tendance au déclin de notre économie. Il va enfin de soi qu’il faudra déployer ce surcroît d’effort dans le secteur compétitif de l’économie plutôt que dans son secteur non compétitif.
Question : qui travaillera durant les 20 prochaines années?
Réponse : les 20-40
Si l’on en croit une publicité télévisée, les 40-60 rêvent de prendre leur retraite à 55 ans pour, l’espérance de vie ne cessant de progresser, se payer une éternité de luxueuse farniente. Grâce à leurs généreux régimes de retraite, ces retraités toucheront entre 40 000 $ et 80 000 $ par an, plutôt 70 000 $ à 150 000 $ si l’on parle des ménages. Puisqu’à ces âges la maison est finie de payer et les enfants devenus adultes, des montants de cet ordre représentent un potentiel de consommation rien moins qu’ahurissant. Nos futurs retraités pourront aisément continuer de jouer au golf, voyager, changer leur grosse auto aux trois ans, manger dans les meilleurs restaurants, passer leurs hivers en Floride jusqu’à concurrence des six mois moins un jour permettant de conserver son droit au régime public d’assurance-santé, et ainsi de suite selon l’imagination débordante permise à qui a été béni des dieux.
Pendant ce temps, les 20-40 feront face à des rémunérations directes faibles, à l’absence de toute sécurité, à des coûts de formation et de santé substantiellement relevés, et ainsi de suite, alors que la prestation de travail exigée demeurera élevée. Tous ces sacrifices, qui finiront de faire des 20-40 une génération de crèves-la-faim, à quoi serviront-ils? À maintenir leur niveau de vie aux 40-60, et ce jusqu’à leur mort.
Deux propositions pour liquider la dette
L’argent accaparé par les 40-60 au détriment des 20-40 existe toujours, du fait qu’il ait servi à alimenter des réserves pour consommation future. Les deux premiers véhicules d’épargne des ménages sont les régimes privés de retraite et la valeur au marché des résidences occupées par leurs propriétaires. Puisque je cherche le plus grand commun dénominateur possible pour tous les 40-60 à s’être trop bien servis depuis 20 ou 30 ans, ce sont ces deux sources que je solliciterai.
Proposition relative aux régimes privés de retraite
Les actifs des caisses de retraite privées s’élèvent à 350 milliards $. Des 3.9 millions de salariés contributeurs, 2 millions appartiennent à la fonction publique et para-publique, la plupart des autres à de grandes entreprises. Les actifs des caisses devraient être versés au paiement de la dette.
Les régimes enregistrés d’épargne retraite (REER) constituent l’autre grand véhicule d’accumulation d’épargne-retraite à l’abri de l’impôt. Ils s’adressent aux travailleurs qui n’ont pas cette chance d’avoir un généreux régime de retraite venant avec leur emploi. C’est pourquoi je proposerai ici une mesure moins drastique: que l’État récupère 50% de ses pertes fiscales des 10 dernières années, soit 50 milliards $.
Proposition relative à la propriété résidentielle
Les 6.5 millions de propriétaires-occupants canadiens ont accumulé via leur logement un total de 600 milliards $ d’épargne nette. Je propose de verser cette épargne au paiement de la dette en taxant chaque propriétaire-occupant de la différence entre l’évaluation marchande 1995 de son logement et la balance du prêt hypothécaire en cours sur ce logement. On paierait cette taxe en contractant un nouvel emprunt hypothécaire à la pleine valeur marchande de sa propriété au moment de l’introduction de la mesure, les gouvernements garantissant auprès des institutions financières la partie de l’emprunt correspondant à la chute probable de valeur qui suivrait. Tous ayant intérêt à ce que le marché immobilier résidentiel retourne rapidement aux valeurs initiales, la baisse des valeurs produites par la mesure ne serait selon toute vraissemblance que passagère. On pourrait imaginer des centaines de façons de forcer les 40-60 à payer la dette qu’ils ont contractée plutôt que se sauver avec le magot et faire la belle vie jusqu’à la fin de leurs jours pendant que d’autres, les 20-40, se saignent à blanc pour la payer à leur place. Je ne prétends pas que les deux que j’ai retenues soient les plus subtiles.
Après une couple d’années de montagnes russes on constaterait par la croissance l’immense avantage d’avoir levé l’hypothèque de la dette, ce dont les 20-40 seraient les premiers bénéficiaires. Et les 40-60? Ils seraient bien plus pauvres qu’ils l’avaient cru mais assurément pas dans la rue. À une époque où l’emploi se fait si rare, il ne serait pas question de leur permettre de se « refaire » en conservant leurs emplois aux avantages exagérés jusqu’à 70 ou 75 ans. Au contraire, il faut avancer l’âge de la retraite obligatoire à 60 ans. Ceci dit, on pourrait permettre à ceux qui le voudraient de continuer à apporter leur contribution à la société, mais à titre bénévole, comme le font tant de 20-40 aujourd’hui. Dans le pire des cas, les 40-60 verraient leur niveau de vie s’abaisser jusqu’à atteindre le plancher que constitue le régime universel de sécurité de la vieillesse. En d’autres mots, la pire condamnation qui pèse sur eux, c’est de vivre la vieillesse qu’ils ont jugée satisfaisante et raisonnable pour leurs propres parents. Comment imaginer qu’ils en aient le dédain?

